La Sibérie d'Andreï Makine, "tellement vaste que le temps n'existe plus"

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L'entretien de la semaine

samedi 3 septembre 2016 à 13h15

Durée émission : 12 min

La Sibérie d'Andreï Makine, "tellement vaste que le temps n'existe plus"

© Andreï Makine

Le dernier roman d'Andreï Makine est aussi puissant que la Sibérie est immense. Intrigue haletante au cœur de la taïga, c'est aussi une quête de l'autre, de soi. Par Thierry Lyonnet.

Il a beau être élu à l'Académie française depuis le 3 mars 2016, Andreï Makine cultive la discrétion comme art de vivre. Et bien que d'origine russe, il écrit en français pour défendre la langue qu'il aime tant. Ses écrits d'une finesse extrême disent son attachement à sa terre natale. Après une douzaine de romans, et notamment "Le Testament français" (prix Goncourt et Médicis 1995), il publie "L'Archipel d'une autre vie". Dans ce beau récit, il file la métaphore de la liberté que personnifie la Sibérie.
 

suspens et introspection au cœur de la taïga

Cinq hommes partent à la poursuite d'un évadé du goulag en Sibérie. Andreï Makine signe un roman qu'il dit "plein de suspens", une chasse à l'homme "presque" comme "une intrigue policière". Mais l'intrigue n'est que "l'accélérateur du destin" pour les cinq protagonistes. En une course-poursuite ils vivent plus d'expériences qu'en une seule vie. Partagés entre l'effroi, la haine, l'amour, dans ces étendues sauvages une question vient les hanter: qu'est-ce que l'autre représente pour moi? Est-ce un ennemi?

Un romancier qui n'a pas le sentiment d'inventer ses personnages. "Je ne crois pas que je les invente, je les devine", nous dit Andreï Makine. Loin de la figure du démiurge que l'on prête souvent aux conteurs, lui se décrit comme un scribe qui "entre dans l'âme d'autrui". Pire, il dit subir la "dictature qu'exerce un personnage".
 

la Sibérie, si près du cosmos

Dictature et liberté, c'est bien de cela dont il est question dans "L'archipel d'une autre vie". Bagne de l'époque tsariste, énorme goulag, la Sibérie a aussi été un lieu d'exil pour les serfs fuyant l'esclavage. Sur la terre de ses ancêtres, Andréï Makine "a vu vivre et mourir beaucoup de gens".

Un territoire "tellement vaste que le temps n'existe plus", que le quotidien et la "matérialité des choses" ne semblent plus grand-chose "devant le cosmos". Cette petitesse que ressent là-bas l'humain est l'héritage d'Andreï Makine, qu'il cultive dans son mode de vie loin des mondanités, et qu'il transmet au fil de ses romans.

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