"Les grèves diminuent d'année en année" explique le directeur de l'Institut Supérieur du Travail

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3 questions à

jeudi 3 mai 2018 à 6h41

Durée émission : 4 min

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© LUCAS BARIOULET AFP

​Fonctionnaires, cheminots, personnel d’Air France, postiers, éboueurs. Depuis le début de l’année, les mobilisations sociales se multiplient, et les grèves aussi.

Pourtant, malgré ce climat contestataire élevé, en France, on bat de moins en moins le pavé.
 

Les grèves dans les transports font râler les Français. 2018 est-elle une année particulière pour la contestation sociale ?

"Non pas du tout. Les grèves dans notre pays diminuent d’année en année. Et si quelques grèves défraient la chronique et occupent le devant de la scène, les conflits sont en régression statistique d’année en année et c’est un syndicalisme de négociation qui occupe le devant de la scène, de façon moins bruyante, moins visible. Mais chaque année, dans les entreprises, on signe désormais entre 34 000 et 36 000 accords. Notre syndicalisme est en train de mûrir pour rejoindre ce qui espérons-le s’est déjà passé dans d’autres pays européens" explique Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail et membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE).
 

Peut-on imaginer un dialogue syndical sans grève et sans conflit ?

"La grève est naturelle, le conflit est naturel dans une société. Le conflit fait partie de la vie. Ce qui est important, c’est de considérer comment on va résoudre le conflit, comment on va s’en sortir. Les uns disent par la victoire de l’un sur l’autre, les autres parlent de réflexion, de médiation, de plan de sortie convergent. C’est toute la différence entre un syndicalisme de rupture et un syndicalisme de négociation" ajoute le directeur de l'Institut supérieur du travail.
 

2018, année de commémoration de mai 68. Est-ce-que cette année a une saveur particulière du point de vue de la mémoire de la contestation ?

"Non. Le mouvement de Mai 68 était un mouvement qui portait une société qui cherchait à se renouveler dans une logique de contestation radicale d’un ordre ancien. Aujourd’hui, les jeunes de notre pays sont davantage dans une logique d’insertion que de contestation. Construire ensemble et non pas nous entre-déchirer. Cela étant, le progrès ne passe pas uniquement par des périodes de lente évolution, mais par des secousses. Mai 68 a secoué notre pays, il en est sorti un certain nombre d’évolutions porteuses. Il faut faire bouger les choses. C’est aussi ce qui se passe dans les entreprises quand les directions innovent, et quand les personnes se sentent engagées pour construire l’avenir et non pas pour lutter les unes contre les autres" conclut Bernard Vivier.

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